Temps de lecture :

0 vues

MYTHES ET PREJUGES SUR L’AVORTEMENT SÉCURISÉ AU BÉNIN : BRISER LE SILENCE SAUVE DES VIES

MYTHES ET PREJUGES SUR L’AVORTEMENT SÉCURISÉ AU BÉNIN : BRISER LE SILENCE SAUVE DES VIES

Ecrit par

Utilise Ta Voix

Au Bénin, les taux de mortalité maternelle et infantile demeurent préoccupants. Parmi les causes majeures, figure le recours persistant aux avortements non sécurisés et à risque, une pratique qui continue de coûter la vie a de nombreuses femmes et jeunes filles.

Souvent liés au manque d’information, à la stigmatisation sociale et aux obstacles d’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, les avortements non sécurisés constituent aujourd’hui un véritable problème de santé publique. Selon les données issues de plusieurs rapports institutionnels, au Bénin l’avortement non sécurisé représente la deuxième cause de décès maternelle au Bénin avec plus de 200 décès maternels enregistrés chaque année[1]. Ce chiffre alarmant rappelle l’urgence de renforcer les actions de prévention, d’améliorer l’accès à des soins sûrs et de diffuser une information fiable et correcte sur les droits et les services de santé sexuelle et reproductive.

Qu’est-ce qui alimente réellement ce fléau social ?

Les facteurs influençant le recours aux avortements clandestins

L’accès à un avortement sécurisé au Bénin reste encore largement entouré de tabous, de mythes et de désinformation. Cette réalité expose les femmes et les filles à de fortes pressions sociales, allant du jugement moral au rejet familial et communautaire. En cas de grossesse non intentionnelle, les jeunes filles âgées de 15 à 24 ans figurent parmi les plus vulnérables. Confrontées à la peur des représailles familiales, à l’exclusion sociale, à l’abandon scolaire ou encore aux violences, elles se retrouvent dans une profonde détresse. Mal informées sur leurs droits et sur les services disponibles, elles se tournent souvent vers des avortements clandestins, au détriment de solutions médicales sûres.

Le poids du regard social joue ici un rôle déterminant. Dans de nombreux contextes, l’avortement est perçu comme un crime, un péché ou un acte moralement condamnable. Des croyances persistantes l’associent également à la stérilité ou à une atteinte irréversible à la dignité des femmes. Ces perceptions transforment la demande des soins d’avortement sécurisé en une expérience marquée par la honte, la peur et le silence.

Certes, d’autres facteurs entrent en jeu: précarité économique, éloignement des centres de santé, manque de moyens financiers. Mais les témoignages issus des actions communautaires sont sans équivoque. Dans la majorité des cas, la stigmatisation sociale demeure le facteur décisif[2]. Dans certaines représentations religieuses et socioculturelles, recourir à l’avortement est assimilé à une transgression grave. Les femmes concernées peuvent alors faire face au rejet familial, à la perte de leur statut social, voire à une marginalisation durable. Ainsi, la pression sociale finit par primer sur la liberté individuelle, entravant le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps, à décider pour elles-mêmes  et à protéger leur santé.

L’un des mythes les plus répandus consiste à assimiler l’avortement à un meurtre. Pourtant, cette affirmation ne repose sur aucun fondement médical. Lorsqu’il est pratiqué par un personnel qualifié et dans des conditions conformes aux normes sanitaires, l’avortement sécurisé est reconnu comme un acte médical. Il participe avant tout à la protection de la vie et de la santé des femmes, notamment face aux risques liés aux grossesses non désirées. Un autre mythe persistant affirme que l’avortement entraîne systématiquement la stérilité. Pourtant, un avortement réalisé dans un cadre médical sécurisé n’altère pas la capacité reproductive. Ce sont au contraire les avortements clandestins qui exposent à des complications graves tels que les infections, hémorragies, infertilité, voire un décès.

La stigmatisation sociale alimente également la désinformation. L’idée qu’une femme serait rejetée à vie après un avortement relève davantage de normes sociales oppressives que d’une réalité universelle. Cette peur du jugement enferme les femmes dans le silence et les éloigne des structures de santé, renforçant les pratiques à risque.

Enfin, une part non négligeable de la population pense encore que l’avortement est totalement interdit au Bénin. Pourtant, le cadre juridique a évolué pour permettre l’accès à l’avortement sécurisé dans certaines conditions, dans une logique de santé publique et de réduction de la mortalité maternelle. Ne pas diffuser cette information revient à priver les femmes d’un droit essentiel.

Briser les mythes, c’est sauver des vies. Informer, c’est protéger. Déconstruire les normes stigmatisantes, c’est redonner aux femmes leur pouvoir de décision.

Lutter contre les avortements clandestins ne se limite donc pas à améliorer l’accès aux services de santé. Cela implique aussi de déconstruire les normes sociales stigmatisantes, de renforcer l’information communautaire et de promouvoir un environnement respectueux des droits et de la dignité des femmes et des filles.

Le coût de la tendance à la clandestinité

Le recours à l’avortement clandestin est principalement lié aux barrières d’accès à des soins sûrs, légaux et respectueux. Lorsqu’une grossesse non désirée ne peut être prise en charge dans un cadre médical sécurisé, les femmes et les filles s’exposent à des risques majeurs. À l’échelle mondiale, une part importante des grossesses non intentionnelles se termine par un avortement provoqué, mais près de la moitié de ces interventions sont réalisées dans des conditions non sécurisées, ce qui en fait un problème majeur de santé publique.

Sur le plan sanitaire, les conséquences de l’avortement clandestin sont graves et souvent évitables. Contrairement à l’avortement sécurisé, qui est une intervention médicale simple lorsqu’elle est réalisée selon les normes de l’OMS[3] par un personnel qualifié, l’avortement non sécurisé expose les femmes à des complications sévères telles que les hémorragies, les infections, les avortements incomplets ou encore une perforation de l’utérus. Ces complications peuvent entraîner des séquelles irréversibles comme l’infertilité, voire conduire au décès maternel dans les cas les plus critiques. Dans de nombreux pays à ressources limitées, les structures de santé enregistrent chaque année des millions de cas de complications liées à ces pratiques, ce qui pèse lourdement sur les systèmes de soins.

Au-delà des conséquences physiques, la clandestinité de l’avortement a également un coût psychologique et social important. Les femmes concernées vivent souvent dans le secret, la peur et la culpabilité, en raison de la forte stigmatisation sociale qui entoure l’avortement. Cette stigmatisation peut entraîner l’isolement, les ruptures familiales et communautaires, ainsi qu’une détresse émotionnelle durable. Dans certains contextes, la peur du jugement est si forte qu’elle empêche les femmes de rechercher des soins appropriés, les poussant davantage vers des solutions dangereuses.

La dimension économique est également significative. Les femmes confrontées à une grossesse non désirée peuvent être contraintes de parcourir de longues distances pour accéder à des services, de recourir à des alternatives informelles coûteuses ou encore d’interrompre leur parcours scolaire ou professionnel. Pour les systèmes de santé, la prise en charge des complications liées aux avortements non sécurisés représente une charge financière importante et évitable, mobilisant des ressources humaines et matérielles qui pourraient être utilisées pour d’autres soins essentiels.

Enfin, l’accès limité à un avortement sécurisé soulève une question fondamentale de droits humains. Il touche directement le droit à la santé, à la vie, à la dignité, à la non-discrimination et au droit des femmes de décider librement et de manière responsable de leur corps et de leur avenir reproductif. Les restrictions, la stigmatisation et la désinformation privent ainsi les femmes de leur autonomie et renforcent les inégalités sociales et de genre.

En définitive, la clandestinité ne supprime pas le recours à l’avortement, elle en augmente simplement les risques. Garantir un accès à des soins d’avortement sécurisés, informés et respectueux constitue donc une mesure essentielle de protection de la vie, de la santé et des droits des femmes et des filles.

Filles en Actions se positionnent comme une organisation avant-gardiste de la bonne information et des actions de plaidoyer pour l’accès à l’avortement sécurisé au Bénin

Face à cette urgence de santé publique et de droits humains, Filles en Actions s’impose comme une organisation engagée, innovante et résolument tournée vers la transformation sociale. Son action s’articule autour de trois axes complémentaires que la promotion d’une information fiable et accessible sur la santé sexuelle et reproductive, la sensibilisation communautaire, et le plaidoyer pour un accès effectif, sécurisé et respectueux aux services de santé reproductive, y compris l’avortement sécurisé au Bénin.

Dans un contexte marqué par la désinformation, la stigmatisation et les normes sociales restrictives, l’organisation travaille à créer des espaces de dialogue sûrs où les jeunes, les familles et les leaders communautaires peuvent interroger les croyances, déconstruire les mythes et mieux comprendre les enjeux réels liés aux grossesses non désirées et aux risques des pratiques clandestines. Cette approche permet de replacer la santé des femmes et des filles au centre des préoccupations collectives, au-delà des jugements moraux et des préjugés.

En agissant sur les perceptions sociales, Filles en Actions contribue à réduire les barrières qui empêchent encore de nombreuses femmes d’accéder aux services de santé appropriés. L’organisation insiste sur l’importance de l’information comme premier levier de protection.

Au-delà de la sensibilisation, le plaidoyer porté par l’organisation vise à influencer les politiques publiques afin de garantir un environnement juridique et sanitaire favorable à la santé et à la dignité des femmes. Il s’agit notamment de promouvoir une approche centrée sur les droits humains, qui reconnaît le droit des femmes à disposer de leur corps, à accéder à des soins sécurisés et à vivre sans stigmatisation.

Ainsi, briser les mythes, déconstruire les tabous et replacer la santé et la dignité des femmes et des filles au cœur des politiques publiques demeurent des leviers essentiels. Ces efforts sont indispensables pour réduire la mortalité maternelle évitable, prévenir les conséquences des avortements clandestins et garantir aux filles et aux femmes le droit fondamental de choisir librement et en toute sécurité les trajectoires de leur vie.

Ecrit par :

Utilise Ta Voix

Booker le média Utilise ta Voix

UTILISE TA VOIX, le média féministe de l’ONG Filles en Actions, crée des contenus riches et engagés pour sensibiliser, informer et donner la parole aux filles, jeunes femmes, adolescents et communautés engagées, en valorisant leurs histoires et expériences.

N'oubliez pas de rejoindre

notre Newsletter

Filles en Actions

Pour une Afrique où les filles et les femmes se réalisent, se possèdent et décident librement pour elles.

©2026 Filles en Actions. Tous droits réservés.

Filles*en*Actions

N'oubliez pas de rejoindre

notre Newsletter

Filles en Actions

Pour une Afrique où les filles et les femmes se réalisent, se possèdent et décident librement pour elles.

©2026 Filles en Actions. Tous droits réservés.

Filles*en*Actions

N'oubliez pas de rejoindre

notre Newsletter

Filles en Actions

Pour une Afrique où les filles et les femmes se réalisent, se possèdent et décident librement pour elles.

©2026 Filles en Actions. Tous droits réservés.

Filles*en*Actions

Hey Sista👋🏾

En ligne

Hey Sista👋🏾

En ligne