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WA DOXAMI DO KPLONGBAXA : Lorsque des Patronnes d’ateliers de formation sont outillées pour devenir des relais d’informations sur la Santé Reproductive

WA DOXAMI DO KPLONGBAXA : Lorsque des Patronnes d’ateliers de formation sont outillées pour devenir des relais d’informations sur la Santé Reproductive

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Utilise Ta Voix

La lutte des organisations féministes pour un accès non-stigmatisé à l’information fiable sur la Santé Reproductive demeure un combat à mener sur le terrain, en communautés. Et ce encore et toujours plus en étroit contact avec les cibles et les communautés les plus exposées.  Marchés, quartiers, école, collège et surtout, centre de formation : ateliers de couture, de coiffure, d’esthétique etc... C’est dans de tels espaces que des milliers de jeunes filles béninoises construisent progressivement leur avenir de milliers. Cette réflexion a conduit l’ONG Filles en Actions à organiser le 05 septembre 2025 à Akpakpa Yénawa, une rencontre unique : WA DOXAMI DO KPLONGBAXA, Dis-le avec moi dans le lieu du savoir.  

L’urgence féministe : Briser le silence autour de l’IVG 

Les statistiques sont criardes : l’avortement clandestin représente la deuxième cause de mortalité maternelle au Bénin. Entre 2003 et 2021, 200.000 femmes sont décédées des suites d’avortements à risques. Ce n’est pas que des chiffres, c’est également des connaissances : adolescentes, jeune femmes et mères de notre entourage. Les chiffres de l’OMS confirment l’urgence d’agir : en Afrique de l’Ouest, 3 avortements sur 4 sont pratiqués dans des conditions dangereuses, exposant de ce fait les femmes à des complications : l’hémorragie, l’infection et pire, la mort. 

Au Bénin, malgré l’adoption de la Loi SR 2021-12, le 20 décembre 2021 sur la santé sexuelle et la reproduction, l’accès effectif à l’information et aux soins d’IVG sécurisée reste un parcours du combattant. Cette loi progressiste sur la santé sexuelle et reproductive, jalon juridique important autorise désormais l’IVG sécurisée non seulement en cas de viol, d’inceste ou de malformation grave du fœtus, mais aussi lorsque la femme se trouve en situation de détresse, qu’elle soit matérielle, éducative, professionnelle ou émotionnelle. Une avancée majeure, saluée par les mouvements féministes comme une conquête historique. 

Mais sans compréhension et appropriation sociale, la loi 2021-12 reste lettre morte. En 2023, une enquête de l’INSAE révélait que moins de 30 % des femmes en âge de procréer connaissent réellement leurs droits en matière d’IVG, et que la stigmatisation sociale demeure le principal frein à l’accès aux services sécurisés. Dans les ateliers d’apprentissage, là où se professionnalisent des milliers de jeunes filles, ce silence est encore plus pesant.  


Les patronnes d’ateliers : actrices décisives 

C’est précisément pour combler ce vide que Filles en Actions a réuni 20 patronnes d’ateliers (coiffures, coutures, soins esthétiques) de Yénawa. Référentes des jeunes apprenties, figures d’autorité et de transmission de compétences, elles sont en contact étroit avec des apprenties vulnérables, souvent confrontées à des situations de grossesses précoces, d’avortements clandestins et de jugements moraux.  

Durant l’atelier, elles ont été informées sur les dispositions de la loi SR-2021, outillées pour dialoguer sans tabous avec leurs apprenties, sensibiliser à référer les cas vers des services sécurisés, encouragées à engager des discussions sans tabou, peur, ni honte, autour de l’IVG et de la contraception. L’objectif était clair : Transformer les ateliers de formation professionnelle en espaces sûrs dans lesquels la sexualité et les droits reproductifs peuvent être discutés sans tabou.   

Une approche participative 

WA DOXAMI DO KPLONGBAXAA ne s’est pas limitée aux présentations classiques. Fidèle à ses approches innovantes et créatives, le Réseau Féministe Filles en Actions a mêlé savoir, pratiques, discussions et apprentissage. Les Patronnes d’ateliers ont pu écouter un podcast en langue fon retraçant l’historique de la loi, participé à une séance de clarification des valeurs et de discussion sur la réalité à Yénawa, en compagnie d’un membre du personnel du GUPS. 

Mais surtout, elles ont acquis une compétence pratique : La fabrication du collier du cycle menstruel, véritable outil pour comprendre et maîtriser le cycle menstruel. Cet outil, simple mais nécessaire dans le quotidien des femmes et des filles rappelle l’importance de la protection, compte tenu du fait que l’IVG sécurisée n’est en aucun cas une méthode contraceptive. 

 

« Si nous ne parlons pas à nos filles et apprenantes, les rumeurs seront leurs “vérités auxquelles de fier” » 

L’un des moments forts de la journée fut les instants témoignages. Ils résument l’enjeu dans leur entièreté : le silence tue, mais la parole sauve. Le manque de communication intergénérationnel, entre parents – enfants autour de la sexualité est la cause de plusieurs grossesses précoces (1 adolescente béninoise sur 5 a déjà commencé sa maternité avant 18 ans, selon l’EDSB-V 2017), de la recrudescence des IST, et du recours massif à des avortements à risque. En outillant ces femmes-leaders, Filles en Actions tisse une chaîne de sororité qui peut déconstruire des communautés entières. 

WA DOXAMI DO KPLONGBAXA n’était pas un simple atelier. Plutôt l’illustration de ce que les discussions sur la justice reproductive ne se tiennent pas uniquement dans les conférences internationales, mais partout, absolument partout. Les résultats attendus à long terme sont ambitieux mais réalistes : 

  • Une baisse progressive de la stigmatisation dans les espaces de formation, 

  • Une réduction du recours aux avortements clandestins, 

  • Une normalisation du dialogue parent-enfant et adulte-jeune sur la sexualité

En donnant aux patronnes d’ateliers les moyens de devenir des relais communautaires, le mouvement féministe béninois prouve qu’il sait jumeler militantisme et action de proximité.  

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