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Utilise Ta Voix
Un problème majeur de santé publique et une violation grave des droits humains
Les violences gynéco - obstétricales font référence aux mauvais traitements subis par les femmes pendants et après accouchements et se présentent sous diverses formes incluant la violence physique, la perte de l’autonomie corporelle, le fait de subir une intervention clinique sans consentement éclairé approprié, se faire crier dessus, gronder, humilier, menacer et être ignorée, de se voir refuser une demande ou de ne recevoir aucune réponse aux demandes d’aide. Il s'agit également de pratiques non fondées sur des données probantes ou preuves cliniques comme l’épisiotomie systématique et un accès insuffisant à l’accouchement physiologique[1].
Selon le conseil de l’Europe , « Les violences obstétricales et gynécologiques sont une forme de violence restée longtemps cachée et encore trop souvent ignorée. Dans l’intimité d’une consultation médicale ou d’un accouchement, des femmes sont victimes de pratiques violentes ou pouvant être perçues comme telles. Il s’agit d’actes non appropriés ou non consentis, tels que des épisiotomies et des touchers vaginaux pratiqués sans consentement, l’utilisation de l’expression abdominale ou la non-utilisation de l’anesthésie pour des interventions douloureuses. Des comportements sexistes ont aussi été recensés lors de consultations médicales. » [2]
En Afrique de l'Ouest, ce phénomène a pris une telle ampleur qu'il en est presque devenu une normalité sociale. Les violences gynéco-obstétricales y constituent une réalité systémique, profondément ancrée dans des pratiques médicales empreintes de paternalisme et de condescendance envers la femme en travail. Elles portent atteinte à l'intégrité physique et émotionnelle des patientes, et représentent une violation flagrante des droits fondamentaux des patients[3], dès lors qu'on les examine sous le prisme du droit à la dignité, à la liberté et à l'autonomie corporelle.
Les facteurs à l’origine des violences gynéco-obstétricales sont systémiques et sociales
Il convient ici de souligner les facteurs systémiques qui alimentent ces pratiques. Le sous-effectif chronique de sage-femmes et de gynécologues, conjugué à des ressources matérielles et financières limitées, engendre une pression considérable sur les soignants, déjà confrontés à une charge de travail extrêmement élevée. À cela s’ajoute le caractère encore largement paternaliste et sexiste du système de santé, ainsi qu’un déficit de formation des professionnels en matière de consentement, de communication bienveillante, de soins humanisés et d’empathie.
“Une jeune femme mariée, enceinte de son premier enfant, se présente pour la troisième fois dans un centre de santé semi-rural. Sa mère, sa tante et sa voisine qui l’accompagnent, mécontentes, qualifient la sage-femme « d’imbécile, car elle ne donne aucune information sur l’avancée de la dilatation ». La voisine explique que la jeune femme est venue après avoir perdu les eaux, et a été renvoyée chez elle, car elle n’était pas en travail. La sage-femme dément et la bénévole qui l’aide pour l’accouchement ajoute : « Elle dit ça, car elle est trop pressée. Elle a une dilatation de trois centimètres seulement. C’est une primi, elle n’accouchera que la nuit. » Sept heures plus tard, l’enfant naît flasque, sans cri. La sage-femme examine le nouveau-né puis le placenta et dit : « Elle avait rompu la poche des eaux il y a longtemps. » (Extrait de carnet de terrain, Mauritanie)”[4]
Au Bénin, à ces facteurs s'ajoutent des dimensions sociales profondes, notamment les pesanteurs culturelles et les rapports inégaux de genre. L'autonomie et la capacité financière des parturientes jouent également un rôle déterminant. Il est aisé de constater que les femmes les mieux prises en charge sont celles qui peuvent s'offrir des soins dans des établissements privés ou spécialisés. Dans les centres publics, cette disparité est encore plus frappante, où certaines patientes sont mieux logées, mieux suivies et plus respectées que d'autres, selon leur apparence ou leur statut social perçu.
L'analphabétisme et le faible niveau d'instruction constituent également des facteurs favorisant la survenue de violences gynécologiques. Une partie importante de la population féminine béninoise ne dispose pas d'un niveau d'éducation suffisant pour s'affirmer face à un personnel de santé qui, socialement, est perçu comme le détenteur du savoir et que l'on n'ose donc pas contredire. Le manque d'information sur les droits des patients aggrave cette situation. Et même lorsque certaines femmes en ont conscience, la majorité des victimes ne dénoncent pas les auteurs de violences. La peur des représailles, la honte, ou le simple fait de n'avoir jamais entendu parler d'une condamnation en la matière constituent autant de freins aux recours juridiques.
Dans ce contexte, certaines pratiques non justifiées médicalement tendent à se normaliser : interventions précipitées, mépris de la douleur des patientes, examens réalisés sans consentement éclairé. Ces dérives révèlent un contrôle persistant exercé sur le corps des femmes, au détriment de leurs droits, de leur dignité et de leur autonomie corporelle.
Danger social des violences gynéco-obstétricales
Les violences gynéco-obstétricales constituent un problème de santé et de société aux conséquences profondes et durables. Au-delà de la douleur physique immédiate et celle émotionnelle, elles affectent directement la vie sociale, économique et psychologique des femmes qui en sont victimes.
Les examens non consentis peuvent conduire à une perte d'estime de soi, à un évitement du système de santé et à une méfiance durable envers le corps médical. Dans le cas spécifique des violences obstétricales, ces traumatismes peuvent favoriser une dépression post-partum sévère et entraver la construction du lien mère-enfant. Sur le plan physique, les abus peuvent également engendrer des douleurs pelviennes chroniques, des troubles du sommeil ou des dysfonctions sexuelles.[5]
Par ailleurs, la peur et l'incompréhension face à ces actes génèrent souvent un profond sentiment d'isolement. Les séquelles, qu'elles soient visibles ou non, ainsi que les atteintes à la santé reproductive, exposent les femmes à une stigmatisation sociale. Certaines subissent le rejet, les moqueries ou l'exclusion, particulièrement dans des contextes où la santé gynécologique demeure un sujet tabou. Cette marginalisation fragilise leur estime de soi, leur santé mentale et leur capacité à prendre pleinement part à la vie communautaire.
Ainsi, les violences gynéco-obstétricales ne se limitent pas à un problème médical. Elles fragilisent les femmes dans toutes les dimensions de leur existence et constituent un obstacle majeur à leur épanouissement personnel et à leur inclusion sociale.
Impact des violences gynéco-obstétricales sur la dignité des femmes
La dignité, c'est le droit fondamental de chaque personne d'être traitée avec respect, de voir son corps reconnu comme lui appartenant et ses choix pris au sérieux. Or, les violences gynéco-obstétricales s'attaquent précisément à tout cela.
Quand une femme est examinée sans son consentement, qu'on lui impose un acte médical sans le lui expliquer, qu'on minimise sa douleur ou qu'on l'humilie verbalement en salle d'accouchement, ce n'est pas un simple manquement professionnel. Il lui est ainsi adressé un message selon lequel son corps ne lui appartient pas et que son avis n’est pas important. C’est là que réside l'une des violences les plus insidieuses qui pousse une femme à douter d'elle-même, à se taire et interioriser qu’elle n’a pas le droit à la parole. D'un point de vue féministe, ces violences ne sont pas des accidents isolés. Elles sont le prolongement d'un système qui a longtemps considéré le corps des femmes comme un territoire à gérer, à surveiller, à contrôler par les hommes, par la médecine, par les normes sociales. Le personnel soignant, qu'il en soit conscient ou non, reproduit parfois ces rapports de domination dans l'espace médical.
Reconnaître l'impact de ces violences sur la dignité des femmes, c'est donc reconnaître que le problème n'est pas individuel. C'est un problème structurel, qui appelle des réponses structurelles à formation du personnel, la mise en place d’un cadre juridique protecteur, et surtout, une culture du soin qui place la femme au centre des décisions et des gestes, et non pas comme patiente passive.
Positionnement de l’ONG Filles en Actions sur la question de l’impact des violences gynéco-obstétricales sur la dignité des femmes
Filles en Actions lutte activement contre toutes les formes de violences basées sur le genre, qu'elles surviennent dans la rue, au foyer ou dans les couloirs d'une maternité. Dans le cadre spécifique des violences gynécologiques et obstétricales, Filles en Actions s'appuie sur un outil qu'elle a déjà construit qui est le réseau “Je m'engage”. Pensée à l'origine comme un creuset de synergie d'action autour de l'accès à l'avortement sécurisé au Bénin, cette plateforme réunit des professionnels de santé, des psychologues, des leaders communautaires et religieux, ainsi que d'autres acteurs engagés. Ce réseau pluridisciplinaire constitue également un canal précieux pour le soutien et l'accompagnement des victimes de violences gynéco-obstétricales.
En effet, les mêmes prestataires formés à l'accueil bienveillant et non jugeant dans le cadre de l'avortement sécurisé sont aussi formés à l'octroi de soins humanisés pour toutes les femmes, quelles que soient les circonstances de leur prise en charge. À travers ses activités de clarification de valeurs et ses renforcements de capacités, l'ONG œuvre pour transformer les pratiques soignantes de l'intérieur parce qu'une sage-femme formée à respecter le choix d'une femme est aussi une sage-femme qui respecte sa douleur, son consentement et sa dignité en salle d'accouchement.
Par ailleurs, la ligne d'assistance « Sista Dis-Moi Tout » pensée pour orienter les femmes vers un avortement sécurisé peut tout autant servir de premier point de contact pour une femme ayant subi des violences gynécologiques, en lui offrant une écoute sans jugement, un accompagnement psychologique et une orientation vers les ressources disponibles.
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