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Utilise Ta Voix
“L’accès à l’avortement sécurisé n’est pas seulement une question de santé publique : c’est une question d’autonomie corporelle et de justice sociale. [1] [2]”
Pour comprendre pourquoi l'accès à l'avortement sécurisé reste si difficile et empreint de stigmatisation, il faut aller au-delà du médical et examiner ce qui se passe aux niveaux social, politique et juridique. Les personnes les plus impliquées par cette situation sont les femmes vulnérables, les personnes trans et les jeunes marginalisé.es. Leurs conditions de vie et leurs besoins spécifiques, notamment ceux des personnes trans, ne sont souvent pas pris en compte dans les dispositions légales sur l’accès à l’IVG. Trop souvent, ces personnes sont exposées à la stigmatisation, au rejet et au jugement lorsqu’elles se rendent dans les centres de santé pour demander un service, qu’il soit génésique ou général.
L’intersectionnalité est une approche qui valorise la reconnaissance des différences et des expériences spécifiques de chacun.e. Elle montre que les différentes formes d’oppression et de privilèges sont liées entre elles et ne peuvent être comprises isolément. Cette approche permet de révéler les inégalités spécifiques et interconnectées qui affectent les groupes vulnérables, comme les femmes rurales, les personnes trans ou les jeunes marginalisé.es. Par exemple, une femme noire vivant dans des conditions précaires peut subir une discrimination fondée sur la race, le sexe, la classe sociale et la pauvreté.
Appliquée à l’accès à l’IVG, l’intersectionnalité permet de prendre en compte plusieurs obstacles : l’accès effectif aux services d’avortement sécurisé, la stigmatisation sociale, le manque d’informations fiables sur les droits, la capacité économique des personnes à accéder au soin, l’éloignement géographique des centres de santé habilités à offrir les soins et bien d’autes aspects. C’est seulement en adoptant cette approche que l’on peut garantir un accès véritablement équitable à l’IVG pour toutes et tous.
Barrières spécifiques à l'accès à l'IVG pour les groupes marginalisés
L'accès à l'IVG est souvent présenté comme une question réglée dès lors qu'un cadre légal existe. Pourtant, entre ce que la loi autorise et ce que les femmes vivent réellement, il y a un fossé considérable. Ce fossé n'est pas le fruit du hasard, il est le produit de systèmes d'oppression qui se croisent et se renforcent mutuellement, et que les politiques de santé continuent d'ignorer. C'est précisément ce que le concept d'intersectionnalité permet de nommer. Les discriminations ne s'additionnent pas simplement, elles se combinent pour créer des formes de vulnérabilité spécifiques, que ni le droit, ni les services de santé ne prennent suffisamment en compte.
Pour une femme vivant en milieu rural, l'accès à l'IVG relève souvent du parcours du combattant. Les structures habilitées sont massivement concentrées en zones urbaines, obligeant ces femmes à parcourir de longues distances dans des contextes où les moyens de transport font défaut. Mais l'éloignement géographique n'est que la partie visible du problème. Les coûts indirects comme le transport, l’hébergement, l’achat des produits pharmaceutiques et bien d’autres, constituent une barrière majeure pour des populations déjà fragilisées économiquement. À cela s'ajoute une stigmatisation communautaire forte, conjuguée à un manque d'information sur les droits sexuels et reproductifs, qui pousse de nombreuses femmes à retarder ou éviter le recours à des services sûrs. Ce retard a un coût humain direct qui se caractérise par un recours accru aux pratiques clandestines, dangereuses, parfois mortelles. Ici, la ruralité, la pauvreté et le genre s'articulent pour produire une vulnérabilité que ni les textes légaux ni les dispositifs de santé existants ne parviennent à contenir.
Cette réalité est encore plus brutale pour les personnes trans, dont les besoins reproductifs sont quasi absents des politiques de santé et des campagnes de sensibilisation, comme si leur existence même était niée par le système. Dans les structures sanitaires, la transphobie se manifeste par des attitudes jugeantes, des refus de soins ou un non-respect de l'identité de genre. Très peu de services d'IVG sont conçus de manière inclusive, rendant l'expérience médicale humiliante, voire traumatisante. Les difficultés économiques liées à l'exclusion sociale et au chômage aggravent encore un accès déjà rendu quasi impossible. Ce que révèle la situation des personnes trans, c'est l'incapacité structurelle du système de santé à penser au-delà d'un modèle binaire et hétéronormatif, une limite qui n'est pas anodine, mais politique.
Les plus jeunes, quant à eux, se heurtent à une forme de violence institutionnelle souvent invisible. Les procédures administratives complexes et les exigences de consentement parental constituent des barrières réelles, particulièrement pour celles et ceux qui craignent violences, rejet familial ou sanctions sociales. Le manque d'éducation sexuelle complète et adaptée limite leur compréhension des options disponibles et des délais légaux à respecter. Et par-dessus tout cela pèse la double stigmatisation de leur sexualité et de l'IVG, qui génère peur, honte et isolement conduisant trop souvent à des décisions tardives, prises dans la précipitation et le danger. Pour ces jeunes, le temps est un luxe que le système ne leur accorde pas.
Ce qui frappe à l'analyse de ces trois situations, c'est qu'elles ne sont pas des exceptions ni des cas isolés. Elles révèlent une même logique structurelle qui se construit autour d'une femme abstraite, supposément urbaine, adulte, cisgenre et disposant de ressources suffisantes. Toute personne qui s'écarte de ce modèle implicite se retrouve face à des obstacles supplémentaires que le droit ne voit pas et que les services ne compensent pas. La pauvreté, les normes patriarcales, la transphobie, l'âge et l'isolement géographique ne sont pas des facteurs indépendants. Ils s'articulent, se cumulent et produisent des formes d'exclusion que seule une approche intersectionnelle permet de saisir dans leur complexité.
Tant que les politiques de santé reproductive continueront de traiter l'accès à l'IVG comme un droit universel sans se donner les moyens de le rendre effectivement universel, elles perpetueront les inégalités qu'elles prétendent combattre. Garantir un accès réel à l'IVG pour toutes et tous implique de former les prestataires de santé à soigner sans juger, de décentraliser les services, de lever les barrières économiques, d'intégrer les besoins des personnes trans et des jeunes dans les politiques publiques et surtout, de reconnaître que les droits reproductifs ne peuvent pas être dissociés des autres luttes pour la justice sociale.
Stratégies de renforcement de l’approche intersectionnelle dans l’accès à l’IVG
Pour promouvoir une approche intersectionnelle dans l’accès à l’IVG, il est essentiel, dans un premier temps, de reconnaître que les obstacles ne sont pas homogènes mais se cumulent et s’entrecroisent selon l’âge, le milieu de vie, le handicap, l’identité de genre, la situation socio-économique ou encore le statut matrimonial. Ces facteurs produisent des formes spécifiques d’exclusion qui nécessitent des réponses différenciées et contextualisées.
Cela implique notamment de dépasser une approche universelle des politiques de santé reproductive, souvent conçues pour un public « moyen », afin d’intégrer une lecture fine des réalités vécues par les groupes marginalisés. L’identification de ces inégalités doit s’appuyer sur des données désagrégées (par âge, zone géographique, statut social, etc.) afin de mieux orienter les interventions et prioriser les populations les plus vulnérables.
Par ailleurs, le renforcement de l’approche intersectionnelle passe par la transformation des normes sociales restrictives qui encadrent la sexualité, le corps des femmes et des jeunes, ainsi que les identités de genre. Cela suppose des actions communautaires de sensibilisation impliquant les leaders religieux, traditionnels et les familles, afin de déconstruire les stigmas liés à l’IVG et de favoriser un environnement social plus favorable à l’accès aux services.
Sur le plan de l’offre de soins, il est indispensable de former les prestataires de santé à une approche basée sur les droits humains, inclusive et non discriminatoire. Cette formation doit intégrer la prise en compte des besoins spécifiques des adolescentes, des personnes vivant en milieu rural, des personnes en situation de handicap et des personnes trans, afin de garantir un accueil respectueux, confidentiel et adapté.
En outre, l’approche intersectionnelle nécessite de lever les barrières économiques à travers des mécanismes de subvention, de gratuité ou de prise en charge des coûts indirects (transport, médicaments, consultation), qui affectent de manière disproportionnée les populations vulnérables.
Enfin, il est crucial de renforcer la participation des groupes concernés dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des programmes. Donner la parole aux jeunes, aux femmes rurales ou aux minorités de genre permet de mieux comprendre leurs besoins réels et d’élaborer des réponses adaptées ,plus pertinentes et durables.
Ainsi, l’approche intersectionnelle ne se limite pas à une reconnaissance des inégalités, mais constitue un levier stratégique pour transformer les systèmes de santé et garantir un accès à l’IVG plus équitable, effectif et respectueux des réalités vécues par toutes les personnes concernées.
l’IVG sécurisé au Bénin, reconnaît que les obstacles à ce droit sont renforcés par la combinaison de plusieurs paramètres dont l’âge, la précarité socio-économique, la localisation géographique, le niveau d’éducation et du handicap.
Positionnement stratégique de l’ONG sur la question de l’intersectionnalité et l’accès à l’IVG sécurisé au Bénin
L’ONG Filles en Actions se positionne comme une organisation féministe engagée dans la lutte contre les inégalités de genre, les violences structurelles et toutes formes d’oppressions subies par les femmes et les filles et les groupes marginalisées dans la société. Dans cette dynamique, son positionnement stratégique sur l’intersectionnalité vise à défendre l’accès effectif, équitable et sécurisé à la santé sexuelle et reproductive, en particulier à l’IVG encadrée par la loi. Elle inscrit son action dans une approche fondée sur les droits humains, la justice sociale et la non-discrimination. Cette orientation stratégique se traduit par trois axes complémentaires : le plaidoyer pour un environnement juridique et social favorable à l’accès aux services de santé reproductive, la sensibilisation communautaire pour la réduction des normes sociales restrictives et des stigmas, ainsi que le renforcement des capacités des acteurs communautaires et des prestataires de santé afin de promouvoir des services inclusifs, respectueux et centrés sur les besoins des bénéficiaires.
En adoptant cette approche intersectionnelle, l’ONG vise à contribuer à la réduction des inégalités systémiques et à la construction d’un système de santé plus équitable, garantissant à chaque personne, indépendamment de sa situation sociale ou personnelle, un accès digne, sécurisé et sans discrimination à l’IVG et plus largement aux services de santé sexuelle et reproductive.
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