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COUTS FINANCIERS ET SOCIAUX LIES AUX AVORTEMENTS NON SECURISES AU BENIN

COUTS FINANCIERS ET SOCIAUX LIES AUX AVORTEMENTS NON SECURISES AU BENIN

Ecrit par

Utilise Ta Voix

De nos récentes recerches, les avortements non sécurisés et à risque figurent parmi les principales causes de mortalité maternelle et infantile. Au Bénin, environ 15 % des décès maternels sont dus aux avortements non sécurisés, ce qui entraine chaque année la mort de près de 200 femmes à la suite de complications liées à des pratiques dangereuses et clandestines.

Ces chiffres révèlent une réalité bien plus profonde et font prendre conscience du fait que les avortements non sécurisés constituent une plaie sociale et sanitaire qui affecte durablement les femmes, les familles et l’ensemble de la société. Ils tuent à petit feu, souvent dans le silence, l’indifférence et la stigmatisation.

En effet, un avortement est dit non sécurisé lorsqu’il est pratiqué en dehors des normes médicales établies, notamment lorsqu’il n’est pas réalisé dans un centre de santé agréé, par un.e professionnel.le de santé qualifié.e qui dispose d’un plateau technique adéquat.

Dans la majorité des cas, ces avortements à risque se déroulent dans la clandestinité, dans des conditions extrêmement dangereuses :

utilisation de produits illicites et nocifs pour l’organisme ;

  • absence de conditions d’hygiène appropriées ;

  • manque total de suivi médical et de prise en compte du bien-être de la patiente ;

  • interventions réalisées par des personnes non qualifiées qui s’autoproclament « avorteurs » ou « spécialistes ». Des tueurs silencieux qui pilulent  les espaces publics et sur les réseaux sociaux, et représentent un danger majeur pour les plus jeunes, en particulier les jeunes filles âgées de 15 à 24 ans, qui sont fortement exposées au recours à ces pratiques en raison de la précarité sociale, de la peur des représailles familiales, de l’absence d’informations fiables et de la stigmatisation sociale.

Les conséquences des avortements pratiqués dans la clandestinité sont nombreuses et souvent irréversibles. Elles incluent notamment :

  • des hémorragies graves ;

  • des complications médicales sévères ;

  • des séquelles à vie (infertilité, douleurs chroniques, handicaps) ;

  • et, dans de nombreux cas, des pertes en vies humaines.[1]

Coûts sociaux des avortements non sécurisés : une tragédie évitable aux conséquences collectives

Les avortements non sécurisés constituent aujourd’hui l’un des drames sanitaires et sociaux les plus silencieux mais aussi les plus meurtriers, en particulier pour les femmes et les jeunes filles issues de milieux vulnérables. Derrière chaque avortement pratiqué dans la clandestinité, ce sont des vies brisées, des avenirs volés et des communautés durablement affectées.

Chaque année, des milliers de femmes perdent la vie simplement parce qu’elles n’ont pas eu accès à une information fiable, à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité ou à un cadre légal protecteur.

Chaque avortement clandestin n’emporte pas seulement une vie. Il détruit un avenir, brise des rêves, anéantit des potentialités. Ce sont des filles scolarisées qui ne termineront jamais leurs études, des jeunes femmes engagées qui n’auront jamais l’opportunité de devenir des leaders, des mères, des actrices du développement.

Derrière ces drames individuels, ce sont aussi des familles qui s’effondrent : parents endeuillés, enfants privés de leur mère, fratries marquées à jamais par la perte et le silence.

Coûts financiers des avortements non sécurisés

Au-delà d’être une grave atteinte à la santé et aux droits des femmes, les avortements non sécurisés constituent un fardeau économique majeur, aussi bien pour les ménages que pour les systèmes de santé et l’économie nationale.

La prise en charge des complications liées aux avortements pratiqués dans des conditions non sécurisées coûte énormément aux systèmes de santé dans de nombreux pays plus spécifiquement dans ceux en voie de développement. En 2018, 6,9 millions de femmes ont été traitées pour des complications qui résultent d’avortements clandestins dans des pays où l’avortement est interdit ou fortement restreint.[2]

Au Bénin, cette réalité est particulièrement préoccupante en milieu rural, où les filles et les femmes, déjà confrontées à une forte précarité sociale et économique, rencontrent de grandes difficultés d’accès à des services de santé sexuelle et reproductive sécurisés. Cette situation les expose davantage aux pratiques clandestines, ce qui renforce ainsi le cercle vicieux entre pauvreté, risques sanitaires et charges économiques évitables.

Stratégies pour remédier et riposter contre les coûts financiers et sociaux des avortements non sécurisés

Pour faire face efficacement aux coûts financiers et sociaux considérables des avortements non sécurisés, il est indispensable de mettre en œuvre une stratégie globale, intégrée et multisectorielle.[3]

Cette approche repose avant tout sur la prévention, à travers la mise en œuvre d’une éducation complète à la sexualité et la garantie d’un accès universel aux méthodes de contraception modernes.

Elle suppose également un renforcement du système de santé, notamment par l’amélioration de la disponibilité, de la qualité et de l’accessibilité géographique des services de santé sexuelle et reproductive, afin d’assurer une prise en charge équitable et efficace pour toutes.

Par ailleurs, la vulgarisation effective de la loi SR 2021 constitue un point majeur. Celle-ci doit s’appuyer sur des campagnes de sensibilisation à grande échelle, en mobilisant de manière coordonnée les acteurs gouvernementaux et institutionnels, les organisations de la société civile, les acteurs communautaires ainsi que les leaders religieux et traditionnels. L’objectif est de favoriser une meilleure compréhension du cadre légal et de lutter activement contre la désinformation.

En outre, un accent particulier doit être mis sur la promotion et l’adoption de méthodes d’avortement sécurisé conformes aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Ces méthodes, à la fois moins coûteuses, moins invasives et plus sûres, peuvent être renforcées par un recours encadré à la télémédecine. Leur intégration dans la couverture sanitaire universelle apparaît indispensable pour lever les barrières financières qui orientent encore de nombreuses femmes vers des pratiques clandestines.

Enfin, des réformes juridiques complémentaires, couplées à des campagnes sociales de lutte contre la stigmatisation, doivent être engagées afin de construire un environnement social et légal plus protecteur. Ces actions contribueront à réduire le recours aux avortements clandestins dangereux et, par conséquent, à diminuer les coûts humains, sociaux et économiques qui en découlent pour les femmes, les familles et la société dans son ensemble.

Positionnement de l’ONG Filles en Actions sur la question des coûts financiers et sociaux des avortements non sécurisés

L'ONG Filles en Actions adopte un positionnement stratégique, considérant l'avortement non sécurisé non seulement comme une urgence de santé publique, mais comme une injustice sociale et financière majeure au Bénin. L'organisation milite pour la levée complète des barrières économiques en plaidant pour l'intégration de l'avortement sécurisé dans les politiques de santé gratuite, tout en combattant activement la stigmatisation sociale qui pousse les jeunes filles vers des méthodes clandestines coûteuses et dangereuses. À travers son plaidoyer pour l'application stricte des cadres législatifs favorables et ses dispositifs d'assistance directe comme la ligne d’assistance et d’orientation pro-choix « Sista Dis-Moi Tout », l'ONG s'efforce de garantir que le coût d'une intervention sécurisée ne soit plus un obstacle, protégeant ainsi l'avenir éducatif et socio-économique des adolescentes et des femmes. A cet effet elle travaille en synergie d’action avec ses pairs et mène des actions de plaidoyer axé sur la fixation d’un coût plafond de l’offre du service d’avortement sécurisé au Bénin.


[3] l’accès à l’avortement sécurisé dépend non seulement de la disponibilité des services , mais aussi de la manière dont ils sont dispensés et du traitement des femmes dans le contexte clinique. Les services devraient être délivrés d’une manière qui respecte la dignité de la femme , garentit son droit à la vie privée  et tient compte de ses besoins et de ses attentes. On devrait porter une attention particulière aux besoins spécifiques des femmes nécessiteuses , des adolescentes , et des femmes vulnérables et marginalisées.

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UTILISE TA VOIX, le média féministe de l’ONG Filles en Actions, crée des contenus riches et engagés pour sensibiliser, informer et donner la parole aux filles, jeunes femmes, adolescents et communautés engagées, en valorisant leurs histoires et expériences.

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