UNE LIGUE DE 60 ADOLESCENTES POUR UN CHANGEMENT DE NARRATIF SUR LES DSSRAJ, L'IVG SÉCURISÉE ET LES VBG AU BÉNIN : LES FÉES DOXAMI SONT LÀ ET ON EN PARLE !
Description
Au Bénin, les localités de Tori-Bossito, de Toviklin et de Djougou deviennent les témoins d’une mutation sociale profonde portée par le programme FEAP. Cette initiative, dont l’acronyme signifie Formation, Éducation, Apprentissage et Partage, érige l’instruction des jeunes filles en un véritable levier de transformation communautaire. L’objectif fondamental réside dans la déconstruction systématique des stéréotypes de genre imposés dès la naissance afin de favoriser une compréhension fine des Droits en Santé Sexuelle et Reproductive. En s’appuyant sur l’engagement de soixante jeunes filles, ce projet ambitionne de créer des relais d’information et d’orientation capables d’irradier au sein de leurs communautés respectives.

L’IVG sécurisée et le cadre légal : Informer pour protéger
Le véritable changement social émerge lorsqu’une adolescente, ayant pris la pleine mesure de ses droits, acquiert la capacité et l’assurance nécessaires pour en informer ses semblables. C’est cette conviction chevillée au corps que l’ONG Filles en Actions a déployé la deuxième phase du projet PAMOJA DOXAMI. Cette dynamique rassemble des élèves motivées par un objectif commun, celui de renforcer leurs connaissances techniques et de transformer ce savoir théorique en une capacité d’action concrète auprès de leurs paires.Il serait réducteur de percevoir le programme FEAP comme une simple succession de trois sessions de formation par zone géographique. Dans chaque localité, l’intervention vise à briser un obstacle systémique bien plus profond, à savoir la difficulté pour les adolescentes d’accéder à une information fiable et vérifiée. Le projet s’attaque frontalement à la confusion entre les faits scientifiques et les croyances ancestrales qui entravent la libre parole sur des sujets touchant directement l’intégrité corporelle. L’enjeu ne se limite pas à la transmission descendante de connaissances, mais s’étend à la création d’un environnement sécurisé où chaque participante peut remettre en question ses acquis et déconstruire les schémas discriminatoires liés au statut de la femme. Cette ambition s’illustre particulièrement à travers le traitement de l’Interruption Volontaire de Grossesse sécurisée, un sujet encore trop souvent occulté par le silence ou dénaturé par la désinformation. En permettant aux participantes de retracer l’évolution du cadre législatif béninois, le programme transforme l’information juridique en un outil de pouvoir citoyen. Les jeunes filles apprennent ainsi à confronter les mythes circulant dans leurs entourages aux réalités des principes médicaux et légaux qui encadrent l’accès à l’IVG sécurisée.
« On parle beaucoup entre copines. Mais on ne sait pas toujours si c’est vrai. Depuis le début de la formation, on a pu poser nos questions sans avoir peur d’être jugées. »
Briser le silence autour de la santé sexuelle et reproductive
La première étape de ce parcours pédagogique commence par une interrogation fondamentale sur l’état des connaissances réelles en matière de santé sexuelle. Avant de prétendre éduquer autrui, chaque future paire éducatrice doit impérativement consolider ses propres bases afin de distinguer avec certitude une donnée probante d’une simple rumeur. Cette phase initiale permet d’identifier les moments critiques où une orientation vers un service de santé professionnel devient indispensable pour la sécurité de l’adolescente.
Les débats lors des ateliers ont exploré les multiples dimensions de la vie sexuelle et reproductive, incluant la contraception, la prévention des grossesses précoces, le consentement mutuel et le concept d’autonomie corporelle. Un travail colossal de déconstruction a été nécessaire pour revenir sur des idées reçues transmises de génération en génération. L’éducation, telle que pratiquée ici, consiste à instaurer un espace de dialogue où la méconnaissance ne fait l’objet d’aucun jugement. Le principe fondateur du FEAP repose sur l’idée qu’on ne peut défendre un droit ignoré, ni transmettre avec justesse une information que l’on n’a pas soi-même assimilée. La dynamique s’est intensifiée avec une volonté affirmée de dépasser la simple acquisition de savoirs pour comprendre les mécanismes sociétaux influençant l’accès aux soins. La deuxième session a accordé une importance majeure à la question de l’IVG sécurisée au Bénin à travers un parcours immersif et innovant. Cette approche a permis de replacer cet acte médical dans une perspective de dignité humaine et d’autonomie personnelle. Ce changement de paradigme représente l’un des apports les plus significatifs du programme pour ces jeunes filles.
L’étude de l’évolution du cadre légal a démontré aux participantes que les droits ne constituent pas des acquis figés dans le temps, mais résultent de transformations sociales et de mobilisations féministes actives. Elle a mis en lumière la manière dont la désinformation agit comme une barrière invisible entre les citoyennes et leurs droits légitimes. Dans cette optique, la découverte de la ligne d’assistance Sista Dis-Moi Tout a offert une solution concrète. Ce dispositif pro-choix permet aux jeunes de bénéficier d’une écoute active et d’être dirigées vers des professionnels compétents.

De l’information à l’orientation : savoir où chercher de l’aide
Parallèlement, les participantes ont été informées de l’existence de diverses structures de soutien telles que les Guichets Uniques de Protection Sociale, l’Institut National de la Femme, ainsi que les services de police et les juridictions compétentes. L’apprentissage a également intégré la lutte contre les Violences Basées sur le Genre. Les futures éducatrices ont appris à identifier les différentes formes de violences et à maîtriser les protocoles d’aide. Une distinction cruciale a été établie, à savoir qu’une paire éducatrice doit savoir écouter et orienter sans jamais se substituer aux professionnels de santé ou aux autorités judiciaires,.
Une fois les bases théoriques acquises sur la santé reproductive et les violences, les Fées Doxami ont entamé une réflexion sur leur posture au sein de leurs établissements scolaires. Cette phase a permis de forger des compétences essentielles comme l’écoute active, le respect absolu de la confidentialité et la pratique du non-jugement. La dimension de protection de soi a été soulignée comme une priorité pour ces jeunes relais qui doivent agir dans les limites de leurs responsabilités.
« Les Fées Doxami ne sont ni des professionnelles de santé, ni des assistantes sociales, ni des officières de police judiciaire. Elles sont des relais de proximité capables d’écouter et d’orienter vers les services compétents. »
Les Fées Doxami ne prétendent pas être des professionnelles de santé ou des assistantes sociales, mais se définissent comme des sentinelles de proximité. Elles sont des courroies de transmission capables de partager une information juste et d’offrir une oreille attentive en cas de préoccupation majeure. La conviction profonde qui émerge du programme est qu’une jeune fille informée devient mécaniquement un vecteur d’impact positif pour son entourage. L’une des forces majeures du dispositif FEAP réside dans l’implication constante des autorités locales. Cet appui institutionnel et communautaire garantit que la voix des jeunes filles ne reste pas isolée. Leur mission d’information doit s’appuyer sur un écosystème qui facilite l’accès aux ressources disponibles. La présence des décideurs lors de la clôture des sessions et la signature solennelle de la charte d’engagement ont conféré une dimension symbolique forte à ce passage vers le rôle de paire éducatrice. Cette synergie est vitale pour traiter des sujets aussi sensibles que les violences de genre ou l’IVG, où l’orientation vers des services officiels est parfois une nécessité absolue. Le réseau constitué de soixante adolescentes âgées de quatorze à dix-huit ans représente désormais une force de frappe capable d’initier des conversations constructives dans les milieux scolaires. La signature de la Charte d’engagement des Fées Doxami a formalisé cette volonté de mettre le savoir au service du collectif. Les participantes se sont engagées à respecter des principes déontologiques stricts, garantissant une information fiable et une écoute respectueuse des limites individuelles.

Soixante jeunes filles, un réseau appelé à grandir
Bien que la tournée officielle du FEAP soit arrivée à son terme, la dynamique impulsée doit désormais vivre de manière autonome. Les soixante jeunes filles formées sont appelées à faire rayonner leurs acquis dans leurs espaces de vie quotidiens afin de déconstruire les mythes persistants. Le succès réel de cette initiative se mesurera à l’aune des discussions qui s’ouvriront dans les foyers et les écoles, et du nombre de jeunes filles qui oseront enfin poser des questions sans crainte.
En définitive, une fille informée est une citoyenne capable de prendre des décisions éclairées pour son propre avenir. Une adolescente qui connaît ses droits possède les outils nécessaires pour les défendre face aux pressions sociales. Parce que soixante paires éducatrices sont désormais opérationnelles sur le terrain, le silence recule et l’information circule avec une vigueur renouvelée pour transformer durablement la société béninoise.





