Temps de lecture :
Ecrit par
Utilise Ta Voix
Le 31 mai 2025, le Jardin Botanique de l’Université d’Abomey-Calavi s’est animée de couleurs vives, de chants et de rires. Pour donner suite au Festival DOXAMI, le Carnaval DOXAMI a rassemblé cent jeunes étudiant.e.s. Ces dernier.e.s ont répondu à l’appel du Réseau national féministe Filles en Actions, pour un évènement festif. Derrière l’ambiance joyeuse, une cause sérieuse : la Justice Reproductive. L’objectif était de décortiquer de fond en comble la loi SR 2021-12, qui encadre en République du Bénin, l’Interruption Volontaire de Grossesse sécurisée. Ceci, afin de contribuer à l’accès non-restrictif des jeunes à une information claire, fiable et bienveillante sur leurs Droits en Santé Sexuelle et Reproductive.

Une sensibilisation (Information – Education – Communication) stratégique
Dans un contexte où, selon l’Enquête Démographique et de Santé du Bénin (EDS-Benin 2018), plus d’une femme sur trois (36%) âgée de 15 à 24 ans déclare ne pas avoir accès à des informations fiables sur la santé sexuelle et reproductive, il devient urgent de créer des espaces de jeunes accessibles et conviviaux afin de diffuser les connaissances. Le Carnaval DOXAMI était une réponse stratégique à cet impératif.
Il n’était pas qu’une célébration de la Justice Reproductive, mais également une initiative concrète de sensibilisation populaire, mais surtout féministe, un espace sécurisé d’apprentissage dans lequel les tabous sont subtilement déconstruits et la voix des jeunes valorisée.
La journée a commencé par une marche festive et colorée, rythmée par de la musique dansante et la répétition du slogan DOXAMI. Une marche qui marquait la volonté collective et manifeste de s’approprier le savoir, les connaissances, de rendre visible des inquiétudes réduites au silence.
La cérémonie d’ouverture, deuxième étape qui a proposé plusieurs stratégies (discours, pré-test, passage d’un podcast historique sur l’IVG au Bénin) a permis de poser les bases de la journée et de présenter plusieurs enjeux.
Les participant·e·s ont ensuite intégré des focus groups interactifs et pédagogiques : le cœur du Carnaval. Débats en petits cercles, jeux de rôle, quiz, renforcement de connaissances. Dans chaque focus groups, cinq en tout, la parole circulait librement, sans jugement. Les jeunes étudiant.e.s n’étaient pas que spectateur.rice.s, mais également acteur.rice·s engagé·e·s dans une quête de l’information fiable. Chacun·e était encouragé.e à partager des expériences, des inquiétudes et formuler des espoirs. Car parler de sexualité, de corps, de droits, c’est offrir des repères.

Mieux comprendre, afin de mieux décider
Les discussions portaient majoritairement sur l’IVG sécurisé, encore entourée de désinformation et de stigmatisation. Les jeunes ont pu mieux appréhender la portée de la loi SR-2021. Celle-ci encadre l’IVG dans plusieurs conditions : Viol, Inceste, Danger pour la santé de la femme, malformation grave du produit de conception, détresse matérielle, morale, éducationnelle et professionnelle pouvant être incompatibles avec les intérêts de la mère et/ou de l’enfant à naitre. Beaucoup de de jeunes et d’autres couches de la société ignorent pourtant que ces dispositions existent et sont légales.
« Dès les premières interactions, nous avons constaté que près de 90 % des jeunes connaissaient ou avaient entendu parler de la loi. Mais leurs connaissances étaient limitées, confuses, voire incorrectes. »
Ce déficit d’information concrète n’est pas sans conséquences. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), près de 97 % des avortements à risque ont lieu en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, ces pratiques non sécurisées constituent l’une des principales causes de mortalité maternelle chez les jeunes femmes. Au Bénin, environ 200.000 mille femmes décédaient des suites d’un avortement clandestin. En mettant l’accent sur l’accès à l’information, le Carnaval DOXAMI s’est attaqué à la racine du problème : l’ignorance entretenue par le silence.
« Notre mission principale était de parler de la loi SR en connaissance de cause. Nous avons insisté sur l’Interruption Volontaire de Grossesse en tant qu’enjeu de santé publique, reconnu et encadré par la loi au Bénin.
L’impact a été tangible. Nous avons perçu un début de changement de posture : des questionnements, des prises de parole plus affirmées. Bien sûr, la déconstruction est un processus qui demande du temps. Mais ce que nous avons semé lors de cette journée constitue une base solide. Et c’est précisément là que réside la réussite du Carnaval DOXAMI. »
Alida DELOU, Animatrice de focus group
Ce n’était pas TOUT. La dimension émotionnelle de l’événement a également été palpable. Un des moments phares fut l’éclatement d’une piñata symbolique, contenant des bouts de papiers sur lesquels les participant·e·s avaient inscrit leurs engagements personnels : briser un tabou, parler à une amie, accompagner une sœur, se former davantage.
Ces messages ont ensuite été collés à un grand “mur de la controverse”. Un autre moment, l’exposition immersive “De la caverne à la connaissance sur l’IVG”, portait un message pertinent : Nos droits nous ont été garanties par des luttes féministes, ces DROITS doivent être défendus continuellement, jour après jour.

Des prises de conscience fortes, par une jeunesse engagée
Ce que le Carnaval DOXAMI a mis en lumière, c’est une jeunesse déterminée à s’affirmer. L’autonomie commence par la connaissance, et que chaque jeune a le droit de savoir, de comprendre son corps, de faire ses propres choix. L’accès aux services d’avortement sécurisé, à la contraception, à l’écoute médicale, à l’éducation à la sexualité, ce sont des droits humains fondamentaux du même ordre que les droits vitaux.
« Nous ne sommes pas là juste pour chiller, mais également pour soutenir une cause importante : Le droit des filles et des femmes à disposer de leur corps. Pendant le focus group, plusieurs de mes ami.e.s ont commencé à parler plus librement et leurs perceptions ont commencé à changer petit à petit. Je suis sûre que désormais il y aura plus de respect, de compréhension et de conscience dans les discussions entre nous et avec nos autres amis. »
Hippocrate AGBOGLA, Psychologue en formation
Le Carnaval DOXAMI s’est progressivement achevé comme au début (slogan DOXAMI, musique et bonne ambiance). Les graines de la déconstruction semées ce jour-là continueront de pousser. Les conversations entamées se poursuivront certainement dans les dortoirs, les salles de classes, les quartiers. DOXAMI n’est pas qu’une campagne. C’est une vision. Elle se poursuit !
Ecrit par :
Utilise Ta Voix
Booker le média Utilise ta Voix
UTILISE TA VOIX, le média féministe de l’ONG Filles en Actions, crée des contenus riches et engagés pour sensibiliser, informer et donner la parole aux filles, jeunes femmes, adolescents et communautés engagées, en valorisant leurs histoires et expériences.

